Une lacune était à combler pour la langue française. Ce dictionnaire étymologique est en effet le premier en français qui remonte jusqu’à l’indo-européen, et dans une optique de multilinguisme, en montrant les liens étroits entre le français et ses langues sœurs et cousines.

Il existe des dictionnaires qui remontent aux racines indo-européennes depuis les mots anglais, allemands, catalans, croates, espagnols, grecs, italiens, latins, et même gaulois, mais aucun dictionnaire étymologique français ne remonte à l’indo-européen. Ils s’arrêtent aux langues immédiatement précédentes comme le latin et le grec. 1

Le premier objectif de ce dictionnaire fut de combler cette lacune dans un but pédagogique et scientifique, à l’issue d’un travail de recherche portant sur l’origine la plus lointaine des mots français, souvent indo-européenne.

Le français partage un héritage commun avec ses langues sœurs et cousines indo-européennes, et on trouvera dans ce dictionnaire de nombreux exemples de mots proches du français dans ces langues, surtout romanes et germaniques, et parfois albanais, arméniens, baltes, gaulois, grecs, hittites, persans, sanskrits, slaves, etc. Le français a aussi fourni de nombreux mots à d’autres langues, y compris aux langues africaines comme le lingala.

Couverture du dictionnaire, créée à partir d’une idée de Ian Alexander.

Le latin tardif et l’ancien français sont abordés comme maillons intermédiaires. C’est donc à des ponts entre les langues, les peuples et les siècles que le lecteur est convié. Le français est une langue vivante, en devenir entre les mots désuets qui tombent comme feuilles en automne, et les néologismes.

Certains mots sont illustrés par des citations d’auteurs, et parfois par des illustrations ou des tableaux.

Telles sont les principales caractéristiques de cette recherche initiée il y a de nombreuses années.

Les archéologues travaillent sur des objets qui résistent à l’épreuve du temps (céramiques, sépultures, ossements, bijoux, armes,…), mais ont moins accès à ce qui est périssable (textiles, bois, aliments), comme aux données de la vie sociale. L’étymologie et la sociolinguistique peuvent alors être des relais (voir par exemple, dans la partie alphabétique, les mots Fer, Mariage, Mer, Roi, Roue et Sud).

La partie alphabétique abordera aussi l’histoire des lettres de l’alphabet, y compris le Ç (voir cédille), le Ñ, mais aussi le digamma grec F, le ß qui a existé en français et qui survit en allemand, les différents destins du H, l’ancienne lettre anglaise Þ, l’esperluette &, le double S §, la ligature Œ, le point d’interrogation ?, les éphémères points d’ironie ؟ et exclarrogatif ‽, le pied-de-mouche ⁋, le croisillon # (carré ou hashtag), l’arobase @, l’astérisque *, l’obèle † et le double obèle ‡, la raison pour laquelle le C et le G peuvent se prononcer de deux manière différentes, et la raison pour laquelle nous avons hérité des Étrusques trois lettres, C, K et Q , pour le même son, et aucune pour le son CH (voir C,G,K,Q,CH)

Nous verrons que les mots du français ne viennent pas seulement du latin, et que plus de 170 langues et dialectes différents ont irrigué nos dictionnaires. Le latin classique, fort influencé par l’étrusque et le grec, n’est lui-même qu’un arrêt sur image entre le latin archaïque et le latin tardif, notamment ecclésiastique et médiéval, avant le gallo-roman, l’ancien français et le français actuel qui continue à évoluer avec beaucoup d’abréviations, de néologismes et de mots importés d’un monde multipolaire. Il faudra donc aborder leur étymologie, beaucoup figurant d’ailleurs dans le Dictionnaire de l’Académie Française (ayatollah, burqa, catering, ciao, crumble, dalaï lama, dealer, djihad, emoji, ferry, gazpacho, gestapo, GPS, halloween, hobby, holding, ippon, kolkhoze, lifting, niqab, nirvana, osso buco, PDF, paella, pizza, podcast, pourim, smiley, sniper, squat, sushi, tapas, tsunami, vizir, welfare, zakouski,…).

1. Le Dictionnaire d’étymologie du français de la regrettée Jacqueline Picoche (Ed. Robert, 2015) donne l’origine indo-européenne de certains mots, mais de manière seulement sporadique et souvent contestée.
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