La forme du H vient d’un hiéroglyphe en forme de barrière avec des traits horizontaux et verticaux, via l’étrusque dont l’alphabet a été repris par le latin. En latin, sa prononciation aspirée a disparu, comme ensuite en français. En français, le H vient surtout du germanique K issu du H (loi de Grimm)[1] et du grec comme on le verra dans les mots du dictionnaire. En grec ionien (oriental et pourtour de la mer Égée), le son H a disparu, et la forme H a été récupérée pour le È long (en grec moderne I). Pour avoir le son H, les Grecs occidentaux ont coupé le caractère H en deux, et ont pris la moitié gauche, plus tard arrondi et transformé en signe diacritique posé au-dessus de la lettre (ἁ, ἑ,…), et cette aspiration s’est appelée esprit ou souffle rude. En russe, le son H n’existe plus, ni la lettre correspondante, et les mots correspondants sont prononcés avec le son G, d’où garmonika, gipoteza, les musiciens Gaydn, Gaendel, etc. Dans une comédie de Pétrone (mort en 66 apr. J.-C.), un personnage prononce des H disparus pour se donner un air cultivé, par exemple hinsidiæ pour insidiæ (embuscade). S’il ne se prononce pas, en français, le H a des fonctions et des origines multiples, outre qu’il sert à former le son CH.
1) Le H prétendument aspiré (il faudrait dire expiré) mais en réalité muet, vient généralement de mots germaniques (haie, hall, hauban) ou arabes (harem, hasard). Il interdit la liaison et l’élision.
2) Le H dit muet provient de mots latins, ou grecs via le latin (homme, hypothèse,…), mais il existe pas mal d’exceptions (le héros mais l’héroïne, la hiérarchie, le halo et l’hégire). Pour hyène, qui vient du grec, l’Académie Française écrit l’hyène, mais Flaubert la hyène.
3) Le H a servi à séparer la prononciation de deux voyelles avant l’invention du tréma (ébahir, envahir, trahir).
4) Lettre ajoutée dans le cas d’huile, huit et huitre, pour éviter la confusion avec vile, vit et vitre, à l’époque où il n’y avait qu’une seule lettre pour le U et le V. De même, le H de haut évite la confusion avec eau, mais leurs dérivés altitude et altesse n’ont pas de H.
5). Le H peut dériver du F en ancien français. Par exemple hors vient de fors.
6). Certains H prononcés viennent d’une onomatopée (hop, holà, ha, oh, hein, hue, hum).
7) Le H peut aussi venir d’une erreur. Ainsi posthume vient du latin postumus, sans H, qui désignait l’enfant né après la mort de son père. On l’a rapproché par erreur de humus.
8). Parfois, le H a été supprimé puis rétabli par le Dictionnaire de l’Académie Française en 1694: erbe, érédité, érésie, eure, iver. L’anglais a aussi des mots avec un H non étymologique (hermit, hostage). Certaines langues latines ont supprimé le H latin. Ainsi homo est devenu homme en français et homem en portugais, mais uomo en italien. Homère est devenu Omeros en grec moderne. Dans la région liégeoise, on prononce encore le H aspiré (haricot, Huy, haie) et pour certains noms de famille ou toponymes, on l’écrit XH (Fexhe, Gleixhe, Lixhe, Xhoris, Xhoffraix…) dont la première attestation est de 1239. On pense que XH résulte d’une confusion et d’une déformation de SCH. Le H est encore prononcé en gascon et en roumain.
[1] Selon cette loi à laquelle Jacob Grimm a donné son nom, appelée aussi première mutation consonantique de l’IE, les consonnes IE P, T et K deviennent en allemand F, D et H, et en anglais F, TH et H. En néerlandais V, D et H.
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