F et V

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Ces deux consonnes ont une longue histoire. Les sons F et V n’existaient ni en IE ni plus tard en grec et en sanskrit, ni dans les plus anciens alphabets sémitiques, mais on les trouve en osque et en latin. Ils sont tardifs dans la phonologie humaine, et ce n’est que récemment qu’on a avancé une explication[1]. Par ailleurs, l’IE multiplie le son W, y compris dans la combinaison  GW et KW, les deux -consonnes occlusives[2] G (sonore) et K (sourde) étant proches. L’arménien a d’ailleurs une consonne intermédiaire, par exemple k/gatdou, chat. En grec archaïque, le son W a subsisté un moment avant de disparaître. Il était généralement noté F et appelé digamma (δίγαμμα), car en forme de deux gammas superposé. Ci-contre, un fragment de céramique où on lit iwanakti (au roi), avec un digamma et une variante locale d’iota en forme de sigma Σ. Le mot Italie vient du grec après chute du digamma F et s’écrivait encore en osque Fιτελιυ (Witeliu). De même, le vin, Fοῖνος (wóînos), est devenu οἶνος (oïnos), en latin vīnum, en néerlandais wijn et en anglais wine. Dans certains dialectes grecs, le son W a été vocalisé en upsilon U. Comme le digamma (F) a disparu de l’alphabet grec, sa forme devenait disponible. Les Étrusques l’ont récupéré pour leur son V. Au  IVème siècle av. J.-C, les Romains ont repris aux Étrusques cette forme F pour leur son F. La lettre F a donc servi pour trois sons successifs. Au début, les Romains n’avaient pas non plus le son V. Leur caractère U/V notait à la fois la voyelle U et a semi-consonne W (equus, cheval, prononcé ékwus). Comme les runes scandinaves proviennent des alphabets étrusques et italiques, la rune fehu (ᚠ) prononcée F, rappelle aussi le digamma.


[1] Selon une étude publiée dans Science le 15 mars 2019, ces sons sont nés quand les agriculteurs ont remplacé les chasseurs-cueilleurs. Le passage à des aliments moins durs et à moins mastiquer a entrainé une modification de la mâchoire permettant de prononcer ces consonnes dites labio-dentales F et V (par contact de la lèvre inférieure avec les dents supérieures). Les peuples actuels qui vivent encore comme les chasseurs-cueilleurs, par exemple au Groenland, en Afrique du Sud et en Australie, n’ont pas non plus ces sons.

[2] Dans une consonne occlusive (B, P, D, T, G, K), l’écoulement de l’air est un moment bloqué, contrairement par exemple aux sons CH, F, L, R, S, V, Z où l’air est seulement freiné

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