écriture runique. Le gothique run et l’islandais runar veulent dire secret, comme runo ou runa en gaulois et en gotique, et rhin en gallois. Avec le préfixe com-, on trouve le gaulois comrunos/cobrunos (confident, initié, dans le secret commun). Selon J. Vendryes (Lexique étymologiqe de l’irlandais ancien, 1996), ce mot vient «d’une communauté germano-celtique de vocabulaire religieux». Cette écriture semblait réservée aux prêtres ou aux érudits. Le mot composé sigrun voudrait dire «qui détient le secret de la victoire» (Sieg en allemand). Cet alphabet, comme tous les alphabets, a connu des évolutions, et n’est plus utilisé aujourd’hui que pour les souvenirs vendus aux touristes comme celui que j’ai acheté aux Shetlands. Le plus ancien témoin de cet alphabet est un bloc de grès d’une trentaine de centimètres de côté, découvert lors de travaux en 2021 dans un champ funéraire près du lac Tyrifjorden au nord-ouest d’Oslo. Il date d’entre l’an 1 et l’an 250. Cet alphabet vient des Étrusques par la voie alpine et la route de l’ambre, ce qu’on voit notamment pour les lettres F, R, H, I, S, T, B et M dans une de ses versions les plus anciennes, et a une parenté avec d’autres alphabets de l’Antiquité comme celui des Messapiens dans les Pouilles. On cite comme étymologie l’IE reu (arracher, creuser) qui est proche de l’idée d’entailler un support, bois ou pierre.

La plus ancienne inscription germanique connue se trouve sur le casque «Negau B» trouvé en Slovénie, écrit (de droite à gauche ci-dessous) avec l’alphabet nord-étrusque. De gauche à droite, il se transcrit harikastiteiwa \\\ ip, composé de harikasti (anthroponyme) et teiwa, dérivé de l’IE deiwas (dieu), et signifierait Harigast le prêtre. On y décèle le digamma grec prononcé W et des analogies avec l’écriture runique, surtout les lettres T, H et I. Ce casque d’un modèle étrusque a été enterré aux alentours de 50 av. J.-C. mais serait antérieur.

On connait quelques mots germaniques cités par des auteurs latins (César, Tacite), et des inscriptions très fragmentaires en écriture runique. Il faut attendre la traduction de la Bible du grec en gotique par Wulfila (seconde moitié du IVème siècle) à la tête d’une communauté de Wisigoths chrétiens en Mésie (Bulgarie) pour avoir un texte suivi (les trois quarts du Nouveau Testament, et des fragments de l’Ancien). Plus tard, on a des textes en vieux norrois, l’ancêtre des langues scandinaves qui ont commencé à diverger entre elles au IXème siècle, mais sont restées proches et intercompréhensibles. La plus proche des origines est l’islandais, moins touché par le contact avec d’autres langues. Le norvégien, est parfois décrit comme une sorte de danois prononcé à la suédoise.
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