Vingt

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Pourquoi vingt ne se termine-t-il pas par un E comme trente, quarante, cinquante, etc. ?  Pour trouver la réponse, il faut remonter environ 10.000 ans en arrière, à la fin de l’âge de la pierre, et aborder la grammaire de nos lointains ancêtres indo-européens. On pourrait penser qu’à une époque aussi reculée, le langage était assez primitif, mais il n’en est rien, bien au contraire. Avec huit cas, les déclinaisons étaient plus complètes que celles du latin, les verbes avaient plus de modes (désidératif, duratif, optatif, causatif, inchoatif, itératif,…), et entre le singulier et le pluriel, l’indo-européen avait la catégorie intermédiaire du duel qu’avait encore le grec archaïque, et qui ne survit plus aujourd’hui qu’en slovène et très partiellement en breton. Remontons donc le temps, mais par étapes. Retenons d’abord que les termes abstraits découlent de termes concrets, par exemple le nombre cinq était associé au nombre de doigts d’une main (d’où le chiffre romain V rappelant la forme de la main ouverte) et dix aux doigts des deux mains. Deux et dix commencent ainsi par le même son, d’où aujourd’hui la même lettre D. En IE, dix se disait à peu près dekm(t), composé de dwe/dwi (deux) et kamt/kemt (main) qui a donné en néerlandais et en anglais hand. Dans dekm(t) (dix, dizaine), on retrouve les consonnes de décimal et décime, mais aussi du latin et du gaulois decem, du grec deka, du persan dah, du breton dek, etc. Pour les nombres suivants, les IE ont poursuivi sur la même logique. Vingt sera deux fois dix, trente: trois fois dix, etc. Nous trouverons donc pour vingt un mot composé de trois éléments: (d)wi-kmt-i (deux + dix + la désinence I du fameux duel), d’où plus tard en proto-italique wigenti, en latin viginti, en bas-latin vinti et en français vingt car le I final tomb en français. Pour trente, nous trouverons la même composition tripartite: trey-kmt-a avec cette fois la désinence A du pluriel, et pas le I du duel, d’où en latin triginta, et on trouve de même pour quarante kwtwr-kmt-a, etc. Ce A du pluriel est d’ailleurs resté la désinence du neutre pluriel en latin. En français, le I de vinti est tombé, d’où vingt et pas vingte, tandis que le A de triginta est devenu E muet autour du VIIIème siècle, d’où trente, quarante, etc. Pour comprendre le français, il faut donc parfois remonter loin. L’Italien  et le corse ont conservé les consonnes exactes de l’indo-européen I et A (venti et trenta), de même que le grec moderne (eikosi et trianta). En occitan vint et trenta, en espagnol veinte et treinta, en portugais vinte et trinta, et  cette différence se retrouve dans des langues aussi différentes que le gaulois (vicens et triconti), l’arménien, le kurde, l’albanais, le sanskrit, etc.

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