Marier, mari(age/tal), matrimonial. L’IE n’avait pas de mot pour le mariage et on peut s’étonner de ce qu’en latin, matrimonium soit dérivé de mater (mère) dans une culture assez patriarcale. C’est que le matrimonium n’était pas le mariage, mais la condition à laquelle accédait la femme, celle de future mater. Le sens de la seconde partie du mot, –monium, n’est pas éclairci, peut-être issu de l’étrusque et signifiant fonction. Le matrimonium n’était donc pas un acte ponctuel mais une vocation pour le futur. Le mariage au sens légal se disait conubium dérivé de co (avec) et nubere (se marier, mais seulement pour la femme, textuellement prendre le voile). Se marier pour le mari était uxorem ducere (conduire l’épouse, car après la cérémonie des noces chez la jeune fille, tout un cortège conduisait la femme chez le mari). Les mots nuptiae (noces) et nuptialis (nuptial) viennent de l’IE (s)neubo via le latin nubes (nuage mais aussi voile). La femme était voilée pour l’homme (nubere viro) avec un flammeum rouge-orange, et quand le mari ôtait le voile, le banquet pouvait commencer. Seule la femme était donc nubile car le mari ne portait pas de voile, et ne pouvait nubere. Époux vient de spondere (promettre solennellement). Les époux s’appelaient maritus (mari) et marita, mots évoquant l’idée de lien, et qui viennent de l’IE mari (jeune femme). Hasard ou emprunt, ce mot se retrouve dans les langues sémitiques (Marie et Myriam). En ancien égyptien, mari signifiait aimée et c’était le surnom d’Isis, aimée d’Amon. Le latin maritare avait un sens très large (marier, unir, y compris un cep et un pied de vigne), et a donné en portugais et en espagnol maridare. En anglais married. En grec gamos (mariage), d’où bigame, polygame, etc. Le mot marier est également différent pour les hommes et les femmes dans les langues slaves. En russe jenitsia: se prendre une femme (jena), et d’autre part vyiti zamouj: sortir (vyiti) derrière (za) le mari (mouj, cfr moujik, paysan). Même chose en polonais: żenić się et wychodzić za mąż. Le mariage chrétien, en présence d’un prêtre, date du pape Lucien III en 1184, et n’est devenu un sacrement que tardivement.
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