Le S peut ne pas se prononcer, en particulier comme marque du pluriel. C’est au IVème siècle que le S intervocalique a commencé à se prononcer Z. Rosa se prononçait encore Roça.
Contrairement à la plupart des lettres de l’alphabet grec, l’étymologie du nom sigma n’est pas claire. Il pourrait provenir du verbe sízein (siffler). Le sigma ancien avait plusieurs formes:

Le S majuscule latin est la forme arrondie du sigma grec Σ dérivé du shin phénicien. Des variantes à trois et quatre traits existaient dans l’alphabet étrusque. Dans d’autres alphabets (vénitien, lépontique), le S était un zigzag de n’importe quel nombre de traits. Le sigma possède une variante en forme de croissant (C), dit sigma lunaire, simplification de la majuscule Σ qui survit dans l’alphabet cyrillique, et en grec dans les polices décoratives et dans un contexte religieux. J’en ai vu par exemple à Kourion (Chypre) sur des mosaïques. Pendant l’Antiquité tardive et à l’époque byzantine, le sigma lunaire Ϲ fut la forme standard. On la voit dans une inscription face à l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem : ΜΕΤΟΧΙΟΝ ΓΕΘϹΗΜΑΝΗϹ (Métochion Gethsèmanis). Le S initial en IE donne généralement une aspiration en grec, d’où par exemple soleil et helios. Quant au signe § qui ressemble à deux S superposés, il était déjà en usage à Rome pour marquer les paragraphes et les subdivisions de texte. Le signe mathématique ʃ (intégrale) est une forme de S, initiale de S.

La minuscule grecque avait deux formes : σ, et ς en position finale, par exemple Ὀδυσσεύς (Odusseús, Ulysse). En voici la raison. Au début, l’alphabet grec s’écrivait surtout en majuscules. Le sigma majuscule classique (Σ) a été simplifié dans l’écriture quotidienne sous une forme arrondie, le sigma lunaire, qui ressemble un C majuscule. Vers le IXème siècle, les scribes byzantins ont développé les minuscules pour aller plus vite et économiser le parchemin. Le sigma lunaire (ϲ) s’est alors déformé selon sa position dans le mot :
- Au début ou au milieu d’un mot, le scribe devait lier le sigma à la lettre suivante, et pour cela, prolonger le C vers la droite avec un trait horizontal. C’est devenu σ.
- À la fin d’un mot, le scribe n’avait plus rien à relier et le mouvement naturel de la main dirigea le trait vers le bas dans un geste relâché, ce qui a donné la forme ς.
Lorsque l’imprimerie est née XVème siècle, les imprimeurs ont conçu des caractères en plomb sur le modèle de l’écriture manuscrite des Grecs de l’époque, et la distinction entre le σ (médial) et le ς (final) est restée.
L’alphabet latin a connu le même phénomène. Jusqu’au XIXème siècle, on utilisait un S long (ſ) au début et au milieu des mots, et un S rond (s) à la fin, mais ici, on a abandonné le S long pour des raisons de lisibilité, et de structure linguistique.
- Confusion visuelle (Le s long (ſ ou ſ) ressemblait trop au F (f). La seule différence était une petite barre horizontale. Difficile de distinguer ſin et fin. L’abandon du ſ s’est fait à la fin du XVIIIème siècle, en grande partie à l’initiative de l’éditeur britannique John Bell qui a, en 1791, décidé de supprimer le ſ car un s unique rendait les textes plus clairs, et en 30 ans (entre 1790 et 1820), le s long a disparu.
- En grec, les mots finissent souvent par un S. Le ς à la fin offre un repère facile pour séparer les mots, ce qui facilité la lecture rapide, surtout dans les textes anciens dont la ponctuation était réduite.
L’allemand a fait un choix intermédiaire. Il a lui aussi abandonné le ſ isolé mais sa fusion avec le s rond a donné naissance à une ligature, le ß (Eszett). Présente autrefois dans plusieurs langues d’Europe, cette forme ne se rencontre plus qu’en Allemagne (et pas en Suisse allemande), mais on trouve encore Eſcuiße dans la plus ancienne carte de géographie de France (voir ci-dessous).

C’est en 1694 que l’Académie française, fondée en 1634 par le cardinal de Richelieu, a publié la première édition de son dictionnaire, et à cette occasion, elle a notamment édicté la règle selon laquelle un S disparu suivi d’une consonne, doit être remplacée par un accent circonflexe (août, brûler, château,…), mais on trouve aussi l’accent aigu (étudier), et par ailleurs, l’accent circonflexe (voir ce mot) ne remplace pas que le S. Le son S s’écrit de 11 façons: cygne, hameçon, succion, science, souris, poisson, six, quartz, forsythia, ration, et asthme.
S mobile. Certains mots IE commençaient par un S mobile suivi d’une consonne, qui tombait lorsque ce mot était précédé d’un mot terminé par S. Ainsi, xxxS Sxxx devenait xxxS xxx. Cela a donné dans les langues dérivées des mots commençant par S à côté d’autres sans S. Ainsi, l’IE (s)neig (neige) a conservé le S en russe et polonais (snieg), letton (sniegs), lituanien (sniegas), sanskrit (sneha), néerlandais (sneeuw), anglais (snow) et gaulois snigit (il neige), mais pas en français (neige), latin (nix), grec(niphas), etc. On trouve de même claudere en latin, clore en français, mais schliessen en allemand, couvrir en français mais stego (toit) en grec, squale en français et whale en anglais, taureau en français et stier en anglais,…
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